Les actions : l’actif qui fait peur

En France, elles ont longtemps été mal aimées. L’idée que « les actions finissent toujours par perdre », l’image du casino, ou encore cette impression diffuse que « c’est toujours la banque qui gagne » ont durablement marqué les esprits.

Pourtant, depuis quelques années, elles attirent de plus en plus d’investisseurs, en particulier les plus jeunes. Plusieurs facteurs expliquent cet engouement :

  • l’investissement est devenu beaucoup plus simple, notamment grâce aux ETF et aux courtiers en ligne ;
  • il n’y a pas eu, depuis 2010, de crise financière durable, avec une chute des cours prolongée sur plusieurs années ;
  • certaines plateformes ont introduit des mécanismes de gamification (trading social, interfaces ludiques…) qui brouille les frontières entre bourse et paris en ligne.

Pourtant, investir en actions n’a rien d’un jeu de hasard… à condition d’en comprendre les bases.


Une action, c’est avant tout une part d’entreprise

En réalité, les actions sont beaucoup plus simples qu’il n’y paraît.

Revenons à l’essentiel : une action est une part de propriété d’une entreprise. Donc acheter une action, ce n’est pas acheter du vent. C’est acheter des machines, des usines, des brevets, des marques,… et surtout une activité qui crée de la valeur et génère des revenus

Cela est vrai quelle que soit la taille de la société.
Si un ami ouvre une boutique et que vous lui apportez de l’argent pour l’aider à démarrer, il peut vous donner en échange des actions de son entreprise. Vous devenez alors actionnaire.

Ces actions vous donnent deux droits principaux :

  • un droit de vote sur certaines décisions importantes (approbation des comptes, nomination des dirigeants, etc.) ;
  • un droit à une part des bénéfices, lorsque l’entreprise en réalise. Cette part s’appelle le dividende.

Comment gagne-t-on de l’argent avec des actions ?

Avec les actions, il existe deux sources de gain :

  • la hausse du prix de l’action (on revend plus cher que l’on a acheté) ; 

et

  • le versement de dividendes, lorsqu’ils existent.

C’est pour cette raison que regarder uniquement l’évolution du cours de Bourse donne une vision incomplète de la performance.

Une action dont le prix ne bouge pas pendant dix ans, mais qui verse chaque année un dividende de 5 %, offre un rendement total comparable à une action dont le prix aurait augmenté de plus de 60% sans verser de dividende.

Mais à l’inverse, le dividende ne fait pas tout. On entend souvent parler de stratégies dividendes ou de sociétés dites aristocrates du dividende, réputées pour la régularité de leurs versements.
Il faut toutefois comprendre un point essentiel : dividende et hausse du cours ne sont pas fondamentalement différents.

Lorsqu’une entreprise verse un dividende, elle sort de la trésorerie. Sa valeur diminue mécaniquement, et donc son cours aussi. Ce qu’on a récupéré en dividende a été retiré de la valeur de l’entreprise, et donc de son cours, toute chose égale par ailleurs.

À long terme, et en théorie économique, ce qui compte est donc le rendement total (dividendes + évolution du prix), et non l’un ou l’autre pris isolément.


Pourquoi les actions sont considérées comme risquées

Les actions sont classées parmi les actifs risqués pour plusieurs raisons.

1. Rendement et capital non garantis

Une action n’est pas un prêt.
Il n’y a aucune obligation de versement d’un dividende ou d’appréciation de la valeur de la société. Le dividende peut être nul pendant des années… ou très élevé si l’entreprise connaît un succès exceptionnel.

La valeur d’une société, quant à elle, évolue à la hausse comme à la baisse et donc la plus value ou la moins value associée.
Si l’entreprise fait faillite, il est même possible de ne rien récupérer du tout, les actionnaires étant servis après les créanciers (banques, fournisseurs, salariés).

Cela n’est pour autant pas très différent d’autres actifs, comme l’immobilier par exemple, mais néanmoins c’est une différence par rapport aux produits sans risque de perte en capital comme le fond euro d’une assurance vie, voir même avec un rendement garanti, comme les livrets réglementés.

2. La liquidité peut poser problème

Pour revendre une action, il faut trouver un acheteur.

On distingue ainsi :

  • les actions cotées, échangées en Bourse ;
  • les actions non cotées, parfois difficiles à revendre, même lorsqu’il s’agit de grandes entreprises.

Pour une grande entreprise cotée comme TotalEnergies, dont plusieurs millions d’actions s’échangent chaque jour, la revente ne pose généralement aucun problème.
À l’inverse, pour les actions de la boutique d’un ami, cela peut être beaucoup plus compliqué, voire impossible.
Et même parmi les sociétés cotées, certaines actions peu liquides peuvent nécessiter du temps avant de trouver un acheteur au prix qu’on souhaite.

Dans tous les cas, la valorisation de l’action peut également constituer un frein à la vente.
Lors d’un krach rapide, où l’ensemble des actions perdent fortement de la valeur (comme au début de la crise du COVID), il est techniquement possible de vendre, mais souvent à un prix nettement inférieur.

Si l’on n’a pas le choix — par exemple parce que l’on doit récupérer l’argent pour financer un achat — on peut alors être contraint de vendre à perte.


Pourquoi les actions ont toute leur place dans un patrimoine

Malgré les risques évoqués plus haut, les actions occupent une place centrale dans la plupart des patrimoines diversifiés.

Pourquoi ?

1. Elles représentent l’économie réelle

Acheter des actions, c’est investir dans des entreprises qui produisent des biens et des services.

Sur le long terme, l’économie mondiale a historiquement progressé, portée par l’innovation, la croissance démographique et les gains de productivité.
Même si les crises existent — et elles existeront toujours — les bénéfices des entreprises ont eu tendance à augmenter sur plusieurs décennies. Les marchés actions ont accompagné cette dynamique.

Cela ne signifie pas que les actions montent en permanence.
Mais sur de longues périodes et à l’échelle mondiale, elles ont historiquement constitué un moteur important de croissance du patrimoine.


2. Elles offrent un potentiel de rendement élevé

Les actions font partie des actifs qui ont, historiquement, offert les rendements les plus élevés sur longue période.

Elles permettent :

  • une plus-value potentielle si le prix augmente ;
  • un rendement régulier via les dividendes.

Contrairement à des actifs purement spéculatifs comme l’or ou certaines matières premières, une action représente une activité productive qui génère des bénéfices.


3. Elles sont sensibles aux paramètres économiques

Les actions réagissent à de nombreux facteurs économiques :

  • le niveau des taux d’intérêt, qui influence leur valorisation ;
  • l’inflation, que les entreprises peuvent partiellement répercuter dans leurs prix ;
  • la croissance des bénéfices ;
  • la confiance des investisseurs.

Cela en fait un actif dynamique, étroitement lié à l’évolution de l’économie mondiale.


4. Elles sont simples et liquides

Une fois un compte-titres ou un PEA ouvert, acheter ou vendre une action cotée prend quelques secondes, avec une exécution quasi immédiate.

Comparées à l’immobilier ou à d’autres actifs non cotés, les actions cotées sont :

  • facilement accessibles ;
  • fractionnables ;
  • liquides.

Cette simplicité d’accès est un atout majeur dans la construction d’un patrimoine.


5. Elles permettent une grande diversité de stratégies

Les actions offrent une grande souplesse.

Elles permettent de s’exposer :

  • à des zones géographiques (Europe, États-Unis, marchés émergents) ;
  • à des secteurs (technologie, santé, énergie…) ;
  • à des styles d’investissement ;
  • à différentes devises.

Cela peut aller d’un investissement simple dans un ETF mondial diversifié à une stratégie plus avancée de sélection de titres.

Prix d’une action ≠ valeur d’une entreprise

Maintenant, investir dans une action fait souvent peur. A commencer par la valeur d’une action qui est souvent le point le plus mal compris lorsqu’on débute.

Le prix d’une action, pris isolément, ne veut absolument rien dire.
Comparer deux actions uniquement sur la base de leur prix est une erreur classique.

Par exemple, au moment de l’écriture de cet article :

  • une action TotalEnergies vaut environ 62 € ;
  • une action Eiffage vaut environ 134 €.

On pourrait croire qu’Eiffage « vaut deux fois plus cher ».
En réalité, la capitalisation boursière (la valeur totale de l’entreprise) est d’environ 126 milliards d’euros pour TotalEnergies, contre environ 12 milliards pour Eiffage.

TotalEnergies est donc environ dix fois plus grande, alors que son action est deux fois moins chère.

La raison est simple : le nombre d’actions en circulation n’est pas le même.
Si TotalEnergies avait créé dix fois plus d’actions, chacune vaudrait dix fois moins cher… sans que la valeur totale de l’entreprise ne change.

👉 Premier enseignement : ne jamais comparer deux actions uniquement sur leur prix.


Cher ou pas cher : la vraie question

Pour la même raison, une action n’est jamais « chère » ou « pas chère » en soi.

Une action à 10 € peut être très chère, et une action à 100 € peut être bon marché.

La vraie question est donc : qu’est-ce que j’achète pour 1 euro investi ?

Un indicateur simple pour commencer est le Price-Earnings Ratio (PER).
Il compare le prix de l’entreprise (le cours de l’action) à ses bénéfices.

  • Un PER de 100 signifie que l’investisseur paie 100 € pour 1 € de bénéfice annuel.
  • Un PER de 5 signifie qu’il ne paie que 5 € pour 1 € de bénéfice.

Et là, on peut comparer deux sociétés : la première société est plus chère que la seconde, sur ce critère précis.

C’est exactement comme au supermarché : on ne regarde pas le prix du paquet, mais le prix au kilo pour comparer.
En Bourse, on compare le prix par rapport aux bénéfices, à la trésorerie ou aux actifs de l’entreprise, par exemple.


Comment se forme le prix d’une action

Le prix d’une action est simplement le résultat de la rencontre entre une offre et une demande, à un instant donné.

Si des acheteurs sont prêts à payer plus cher que la veille, le prix monte.
S’ils ne sont plus prêts à acheter à un certain niveau, le cours baisse.

Lorsque beaucoup d’actions s’échangent chaque jour, les variations sont généralement progressives. À l’inverse, sur des actions peu liquides, les prix peuvent bouger brutalement.

Un point fondamental est que le prix d’une action reflète les anticipations du marché.
Si tout le monde est convaincu que les bénéfices vont fortement augmenter, le cours intègre souvent déjà cette information. 

La difficulté dans l’investissement en action n’est donc pas seulement d’identifier une bonne entreprise, mais de savoir si elle est au bon prix.


Pourquoi il est si difficile de choisir les bonnes actions

Et donc sélectionner les bonnes actions, au bon prix, est un travail extrêmement complexe.

Cela demande du temps, des compétences, l’analyse de données financières et une veille constante. La plupart des investisseurs individuels n’ont pas ces ressources.
C’est pour cette raison que de nombreux investisseurs passent par des fonds d’investissement (qu’on appelle aussi en France OPCVM, et qui regroupent les SICAV ou les FCP… cela fait beaucoup d’acronymes, on en parlera plus tard).

Le principe est simple : au lieu d’acheter des actions une par une, l’investisseur achète un seul titre qui représente un portefeuille contenant parfois des dizaines ou des centaines d’actions. Il devient ainsi actionnaire d’un fonds, lui-même actionnaire de nombreuses entreprises. C’est le même principe que pour les SCPI dans l’immobilier, dont on a parlé dans le dernier article.

Ces fonds permettent donc une diversification importante, mais ils ont un coût, souvent autour de 2 % par an. Sur le long terme, ce coût pèse lourd sur la performance.

Et de nombreuses études montrent aussi qu’entre 80 et 90 % des fonds gérés activement font moins bien que leur indice de référence sur une période de dix ans ou plus.


Les ETF : investir dans tout un marché en une seule fois

C’est ce constat qui explique le succès croissant des ETF (Exchange Traded Funds), aussi appelés trackers.

Un ETF est un type particulier de fonds d’investissement dont l’objectif n’est pas de battre le marché, mais simplement de le reproduire.
Par exemple, un ETF CAC 40 détient les actions des 40 plus grandes entreprises françaises, dans les mêmes proportions que l’indice.

En achetant une seule part d’ETF, l’investisseur investit donc automatiquement dans des dizaines, voire des centaines d’entreprises en même temps.
Cela permet une diversification immédiate, avec des frais très faibles, souvent autour de 0,2 % par an, donc dix fois moins qu’un fond classique avec une gestion active.

C’est donc un outil simple et pas cher pour investir dans tout un marché en une seule opération.
On ne fait pas mieux que le marché… mais on ne fait pas pire non plus. Et sur le long terme, cette approche simple et peu coûteuse s’est révélée très efficace pour la majorité des investisseurs.


Une dernière réflexion

Dans l’investissement, la psychologie joue un rôle immense.

Dire que l’on a « trouvé une action » et gagné de l’argent avec est très gratifiant. On me demande souvent :
« Tu as quoi comme actions en ce moment ? »

Je réponds parfois avec quelques paris personnels, pour la conversation.
Mais la vérité est que l’immense majorité de mon exposition aux actions est investie progressivement, chaque mois, dans des ETF actions diversifiés.

Ce n’est pas très excitant à raconter.
Mais c’est, selon moi, la clé pour investir sereinement sur le long terme.


Attention : les exemples et données chiffrées mentionnés dans cet article sont valables au jour de son écriture. L’essentiel n’est pas le chiffre exact, mais la logique qui se cache derrière.

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